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Recherche bonheur désespérément

Sous la direction de René Frydman, et de Muriel Flis-Tréves (COLLECTIF)

Recherche bonheur désespérément
Editeur : PUF

La réflexion sur la pensée du bonheur n'a jamais cessé.
Pourtant, aujourd'hui, si l'idée et l'aspiration à une vie meilleure transcendent le temps et l'espace, ces données ne suffisent plus à nourrir la notion de bonheur. Serions-nous devenus nos propres tyrans, assiégés par l'idéologie environnante, recherchant l'efficacité et contraints à la recherche du plaisir, de la performance ? Tout est organisé - essais, discours, films... - pour que nous soyons écartelés entre rêve de bonheur et brutalité de l'existence.
Illusion et désenchantement. Si la réalisation des désirs est contrariée par l'échec devant la réussite, il n'y a pas d'apaisement et la douleur psychique reste intense. Le bonheur est devenu un impératif collectif, un devoir, une obligation telle que son absence serait ressentie comme une blessure béante. N'est-elle pas devenue culpabilisante, cette idée du bonheur, si on ne la réalise pas ? L'idée de bonheur serait-elle tributaire d'un sentiment de culpabilité inconsciente ? Ce volume rassemble les contributions du colloque du 4 et 5 décembre 2009 sous la direction du Dr Muriel Flis-Trèves, psychiatre et psychanalyste, et du Pr René Frydman, chef de service à la maternité Antoine Béclère.

Extrait

Le bonheur, une idée contagieuse

Le bonheur, on a inventé l’idée et l’idée est contagieuse. Une fois le concept envisagé, pas défini puisque c’est justement sa définition qui est impossible, tout le monde en veut. Tous d’accord sur le mot, mais on ne sait pas ce qu’il y a dedans, tous d’accord pour l’ériger en valeur universelle, mais on ne sait pas ce qu’elle représente. IL FAUT VIVRE HEUREUX. C’est le dogme. Pourquoi ? Avant on était gai ou triste, joyeux ou en colère, mélancolique ou enthousiaste, on était ce qu’on était, c’était tout. On ne se posait pas la question du bonheur, donc on ne le cherchait pas, on ne le pesait pas. C’était peut-être mieux.

Inventer un mot sans le définir vraiment s’avère très efficace. Chacun se rassure en y mettant ce qu’il veut. Mais il y a les philosophes…

Je connais la joie, la béatitude, le rire, le sourire, l’euphorie, la jouissance, le plaisir, le régal, la volupté, l’allégresse, l’enthousiasme, l’extase, l’apaisement, la tranquillité. On peut être aussi heureux par vanité, pour certains même, du malheur des autres. L’idée de bonheur ne véhicule pas nécessairement l’idée du bon, du bien. Y a t’il le vrai et le faux bonheur ? Y en a-t-il des grands et des petits (1) ?

Et puis il y a l’amour. Le mot magique est prononcé, le mot qui sauve. Le bonheur est dans l’amour. Pratique, un mot qu’on ne peut définir pour en caractériser un autre qu’on ne définit pas non plus…